The Necessary Separations

The Necessary Separations (Mauvaise Foi Records 2019) // Par Laëtitia Lacourt

Depuis quelques mois déjà, le premier album de The Necessary Separations (dont je vous ai déjà parlé et et que je vous invite à lire pour m’éviter de refaire la bio du groupe) a rejoint cette courte liste de disques qui savent jouer dès la première écoute et sans doute pour le reste d’une vie sur une gamme de sentiments très larges. Dans mon jargon personnel, je les appelle les albums "Pancake". C’est à dire des albums sur lesquels vous pouvez faire tout ce que vous voulez où que vous soyez : conduire, faire l’amour, le ménage, vous taper 5h de train, bader ou être heureux, prendre l’apéro ou un petit déjeuner, marcher, lire et glander, et bien sûr, faire une tournée de pancake, un gâteau ou un pot au feu, peu importe in fine, et ce, que ce soit à la plage, à la ville comme aux champs, à la montagne ou en plein désert américain. (Un peu comme dans le film Take This Waltz qui tend à prouver tout du long que l’on peut faire plein de choses intéressantes sur du Léonard Cohen, et dont je vous colle ici la scène de fin, très gracieuse – mais qui nécessite d’éloigner les gosses quand même si il y en à vos côtés).

Bref, vous l’aurez peut être compris, un album pancake est un album caméléon un peu cow-boy, parfaitement taillé pour les bandes originales de films (ou votre autobiopic), dont la simplicité et la beauté pure se plient à toutes vos émotions, viennent éponger la couleur quotidienne de votre âme : les morceaux sont mélancoliques si vous êtes tristes, s’étirent tendrement si vous êtes amoureux, se font légers et joyeux si vous exultez de bonheur (ce qui n’est pas le cas par exemple de Blue Suede Shoes d’Elvis ou Halleluia de Jeff Buckey : le premier invite à danser, le second à se tirer une balle, QUOI QU’IL ARRIVE et ce, quelle que soit votre humeur du jour). 

On en a peu des comme ça mais dans mon rayonnage, The Necessary Separations a donc rejoint, parfois dans des styles différents, Krano, The Blaze Velluto Collection, Kera & The Lesbians, Shakey Graves, The Pussywarmers, Jeremy Jay ou encore Kevin Morby. Point commun à tout ce petit monde ? Des thèmes souvent simples, des mélodies un peu contemplatives, des ballades artisanales cousues de sincérité, aussi fragiles que puissantes, où la folk, la country pour certains ou un peu de blues, de pop et même de psyché pour d’autres sont servies par un timbre de voix atypique, chaud et reconnaissable entre mille. Ici celui de Nick Wheeldon (je dirai presque "Dieu Nick" tant tout ce qu’il chante et joue est toujours sublime, habité, vécu puis ressenti) dont l’univers rappelle effectivement Gene Clark et Neil Young. 

Alors oui, à l’instar d’un tableau, d’un livre, d’un dessin ou d’un film, la critique d’un album reste subjective et l’appréciation est intimement liée à vos goûts personnels, mais je pense ne pas trop me viander en disant que ces 11 titres sensibles et intemporels font le job et répondent parfaitement à ce que l’on attend de la musique : procurer des émotions et vous balancer une palanquée de belles images dans la rétine. Dans nos vies de cons, on ne prend parfois plus le temps d’écouter de jolies chansons en faisant des choses simples ou on le perd à ENTENDRE des bouses sans intérêt. L’album dure 39 minutes : par pitié, prenez des œufs, de la farine, de la levure, du lait et de l’huile, et écoutez au moins Keep on Running, The Crawl (en exclu ci-dessous), Wild flowers, Suicide ou encore Zombie Town et dites moi sincèrement dans le blanc des yeux que ça vous en touche une sans faire bouger l’autre. Ce serait de la pure mauvaise foi.
 
The Necessary Separations - The Crawl (Mauvaise Foi Records 2019), by Laetitia