Plaisir, passion et philtres d’amour // Les SOUCOUPES VIOLENTES

Article + interview (2021)
                    De Toulouse à Mulhouse, de Brooklyn à Tataouine, de Melun à Berlin, tout nouveau groupe qui se forme commence généralement par faire des reprises. Puis vient le temps de la composition, qui prend rapidement et fort heureusement le dessus. Néanmoins, beaucoup gardent quand même le goût du cover (une reprise bien sentie sur une Face B, une autre en rappel de concert). Un certain dosage et un bon filtrage sont nécessaires afin de permettre au groupe de rester fidèle à ses racines tout en s’émancipant, en volant de ses propres ailes (ou à bord d’une soucoupe). 


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XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX   4 Mercenaires en 1984   XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX

 

          Le vaillant label Twenty Something sort 16 potions d’amour, compilation de presque toutes les reprises enregistrées par Les SOUCOUPES VIOLENTES depuis leur formation au début des années 80 jusqu'à aujourd'hui, sur des 45t., des albums, des maxis ou des compilations. La tracklist reflète l’érudition, la discothèque impeccable. Les morceaux semblent ne jamais avoir été choisis au hasard. Par exemple, quand Lou REED est abordé, c’est via ses obscurs ROUGHNECKS (You're driving insane, sauvage comme chez du SONICS), mais nullement dans l'optique d'épater l'auditeur. Que du bon : des perles 60's (Twistin' postman de The MARVELETTES ou le Teach me how to shimmy de The COASTERS - déjà touché par la grâce des CALAMITÉS), GAINSBOURG offrant de superbes fleurs à DUTRONC (Les roses fânées, produites par l'esthète Elliott MURPHY), des stars du rock'n'roll (Chuck B. et Gene V.), de la power pop (la Paper doll de The NERVES, encore plus nerveuse servie live), du glam (Coz I luv' you de SLADE) et du punk (la London girl de The JAM). Ne sont pas oubliés non plus un héros psycho-déglingué (Roky ERICKSON) et des amis contemporains (La MARABUNTA fin 80's ; FANTAZIO trente ans plus tard). Il convient de saluer aussi l'audace des Soucoupes revisitant les MODERN LOVERS en VF (She cracked/Elle craque, parfaite) ou dynamitant la country folk laid back de JJ CALE (Call the doctor). L'auditeur perspicace ne manquera pas de remarquer certaines connexions directes (sur I just sing, empruntée aux TROGGS, la voix de Stéphane GUICHARD est très proche de celle de PRESLEY - Reg, bien sûr, pas l'autre !), mais en les faisant passer dans leur filtre, Les SOUCOUPES VIOLENTES rendent hommage à leurs idoles tout en s'en détachant. Fort heureusement.
Passion/Potions. Transmission. Plaisir d'offrir.

Il est temps de faire parler Stéphane GUICHARD, le pilote (aux goûts sûrs) du plus bel OVNI du rock français, toujours à des années lumières...


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E N T R E T I E N     ////     E N T R E T I E N     ////     E N T R E T I E N 
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svstephane.png, by Bingo

"Se faire plaisir encore et toujours"

16 potions d’amour est un beau titre. Peux-tu nous en dire un peu plus ?


Il y a eu Covers, mais déjà pris pour Alain BASHUNG récemment… Pin ups aussi, déjà pris… Ah ah ah… Nan je déconne ! Love Potion N° 9 [de The CLOVERS, paru sur un split 45t. pour les abonnés du fanzine toulousain Nineteen, NDLR] est dans l’album et comme il y a le mot love dans pas mal dans les titres de reprises qu’on fait... Voilà : 16 potions d’amour est venu à un moment au-dessus du panier… On a aimé, on a gardé.
 

Au sein du groupe, comment s’opéraient les choix des reprises en règle générale ? Qui choisit, qui propose à l’heure actuelle ? Que privilégier, la chanson ou l’artiste ?


La chanson passe avant tout bien sûr. C’est moi à 99% moi qui propose les reprises, après on les fait tourner et on voit si c’est intéressant, ou si c’est juste le plaisir de la jouer… S’il y a quelque chose qui sort, on va la coucher sur bande et voir… Sauf pour Call the doctor [de JJ CALE, NDLR] où j’ai laissé la main à Tintin le bassiste. Et j’en suis très content.
 

Vous êtes-vous déjà freinés dans vos envies, fixé des limites ou des interdits en la matière ?


Non. À partir du moment où tout le monde dans le groupe est partant et a envie de s’y mettre, pas de censure… C’est après qu’on voit si ça marche ou pas, ce qui sort…
 

Pourquoi sortir aujourd’hui cette intégrale compilatoire ?  Faire le point sur les racines et influences ? Se faire plaisir et partager cela avec la fan base ? Stopper les spéculations discogiennes ? Attirer un nouveau public ? Espérer que Netflix utilise un de vos covers pour l’illustration sonore d’une série destinée aux ados ?


Non non, pas de point sur nos racines et influences, ni sur notre « carrière », erratique au possible… Se faire plaisir encore et toujours et si ça fait plaisir à certains, c’est tant mieux… C’est une sorte de hasard ce disque. En fait, pendant le confinement on n'avait plus de dates, pas de répétitions, il fallait s’occuper… On a fait quelques live en ZOOM dans notre salle à manger et mis en chantier quelques nouveaux titres… Un pote fan de base des Soucoupes depuis les débuts - qui bosse dans les médias et me pousse au cul régulièrement pour occuper le terrain sur les réseaux sociaux - m’avait branché sur le fait de faire des playlists des Soucoupes sur Spotify, suivant des critères précis... J’ai pensé : playlist des reprises ! Le pote me dit « OK bien ! Mais ton visuel est pourri : une mosaïque des pochettes que Spotify balance automatiquement ». Sur ce, je demande à Frank du label de nous pondre si possible un beau visuel, genre fausse pochette pour Spotify. Là il nous balance cette pochette très classique mais vraiment top, l’actuelle donc, qu’on a gardé. On fait circuler et un mois après Eric le boss du label me propose : « on le sort en CD, OK ??? ». Et on a dit bingo bien sûr ! Voilà.
 

Tant dans le nombre de plages que dans la qualité (réalisation, mastering, notes du livret), la générosité est de mise sur 16 potions d’amour. Étant l'unique membre du canal historique du groupe, es-tu le seul à t’être investi dans ce travail d’archiviste ? Certaines pièces ont-elles été laissées de côté et, si oui, lesquelles et pourquoi ?


Non je n’étais pas le seul sur le dossier : Frank Tintin, notre bassiste et Frank FREJNIK (du label Nineteen Something) sont allés également au charbon ! Un seul titre a été laissé de côté : la version française de My little lovelight, sortie sur un 45t. à l’époque de Va savoir. Parce que je trouvais que le texte de l’adaptation française était faiblard et qu’on a préféré garder la version de l’album avec le texte original de Chuck BERRY… Après, un ami m’a montré l’autre jour que cette version française, Avec des yeux comme ça, est l’un des titres les plus écoutés des Soucoupes sur Spotify, il arrive en troisième je crois… Les voies du Saigneur [sic] sont impénétrables…

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"Du feu et du combustible en même temps. Pourquoi s'arrêter ? "

J’imagine que la plongée dans le passé du groupe a dû faire remonter souvenirs, fantômes et anecdotes. As-tu des remords et/ou regrets en matière de covers ?


Pour la plongée dans le passé, oui, c’était exactement ça… Pendant la séance de remastering, au fur et à mesure qu’on avançait, titre après titre, j’avais plein de scènes qui me revenaient, avec tous les différents line-up, tous les gens qui ont joué avec les Soucoupes, avec qui on a partagé des moments très forts, sur scène, en studio, dans la vie… Je suis rentré à la maison j’étais un peu bizarre… Non pas de regrets, pas de remords ; ça doit se faire, ça se fait, sinon ça ne se fait pas, point. Pas de noeud au cerveau...
 

Peut-on espérer 16 autres nouveaux philtres d'amour ?


Ce sera un nouvel album alors, avec des nouveaux titres. On n’est pas les Stones ! Genre Golden Hits vol. II. Mégalo non ?
 

À l’écoute, hormis les différences de sons et de productions (bien harmonisées cependant grâce au mastering), on sent une belle unité de ton. Quel regard portes-tu sur l’ensemble proposé ?


Merci, ça fait plaisir. Ce sont les versions qui sont sorties déjà sur divers albums, compilations, split singles, tribute albums, des trucs quand même assez rares pour certains titres… Cela a été remasterisé avec un Monsieur hallucinant qui a fait un travail de dingue dans son studio. En partant d’un morceau du dernier album comme mètre étalon sonore, la reprise de FANTAZIO en l’occurence, il a tenté d’étalonner tout le reste niveau épaisseur, profondeur du son, équalisation… Il a plutôt bien réussi et c’est un vrai magicien à mon sens. Il a bossé dans le classique le jazz, le rock, pour des gros projets comme la masterisation de tout le catalogue vinyle jazz du mythique label RCA Victor, une pointure. Cette unité de ton je ne l’ai pas calculée, elle s’est imposée toute seule. Beaucoup de gens ont ça comme retour sur cet album… Mais moi j’entends vraiment les différences… Je disais ça à Eric et Frank du label l’autre jour : j’ai l’impression que des gens découvrent les Soucoupes avec ce disque… Assez étrange. 
 

Finalement, à quoi sert de faire des reprises, quand vos chansons originales sont solides et n’ont rien à envier à celles de vos idoles ?


Pour le plaisir. Notre côté Herbert LÉONARD !!! Merci encore une fois, tu es trop gentil [je prends cela comme un compliment, NDLR].
 

Malgré les changements (d’époques, de labels, de line-up), Les SOUCOUPES VIOLENTES traversent les décennies. Le changement dans la continuité ou la continuité dans le changement. Quel est le secret de cette belle longévité artistique ?


En fait je n’en sais rien, rien n’est écrit. C’est l’envie de faire, d’avancer, de continuer… Et des fois c’est vraiment pas facile… Mais la musique c’est du feu et du combustible en même temps. Et puis pourquoi s’arrêter ? Dans ma vie, je l’ai déjà fait pendant un long moment, par dépit, par découragement, par amertume sans doute… Et je peux te dire que ça été un des passages les plus vides de toute mon existence…
 

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soucoupesguichard2_500.jpg, by Bingo

"Pas la dent dure contre qui que ce soit"


À l’écoute de vos deniers albums, le groupe n’a rien perdu de sa fougue et de son énergie. Loin de moi l’idée de t’imaginer en charentaises, mais ne serais-tu pas tenté par exemple par un album acoustique ou une tournée débranchée (comme a récemment pu le faire ton ami Didier W. lors de concerts piano-voix) ?


Je fais des concerts acoustiques depuis un sacré bout de temps, plus de vingt ans sans doute... C’est même comme ça que j’ai remis le pied à l’étrier avec les Soucoupes… On en fait un, en duo avec Elsa, piano-guitare-voix, pas plus tard que dans une dizaine de jours…
 

Puisque tu l'évoques, ce n’est un secret pour personne (merci Instagram ! ), Elsa, la claviériste du groupe est ta compagne. À condition que vous le souhaitiez, arrivez-vous à distinguer vie privée et projet musical ?


Totalement.  
 

Pandémie, confinement(s), vaccination de masse, pass sanitaire… tout cela a-t-il eu un impact, une influence sur la musique des Soucoupes ?


Je dirais, comme tout le monde, pas très fun et pas très rock’n roll le confinement… On a essayé de s’occuper comme je te disais plus tôt… Ce disque est un bon point pour ce qui est des occupations pendant la COVID ! 
 

Toi qui as connu la période faste du rock underground français (disons 1982-1989), quel regard portes-tu sur le rock français, la presse et les médias musicaux actuels ? Quels groupes te plaisent ? As-tu parfois envie de distribuer des coups de latte (virtuels bien entendu) ?


Non je n’ai pas la dent dure contre qui que ce soit… Je m’en fous. Je m’occupe des gens que j’aime, mes proches, mes amis, ma famille. Je laisse aboyer les chiens et la caravane passe comme disait l’autre.
 

Quels sont les projets en chantier pour tes Soucoupes ?


Des nouvelles chansons, des nouveaux concerts !!! Quoi d’autre ?


 

Article et propos recueillis par bingO

(02 novembre 2021)

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soucoupespotionspochettebingo_500.jpg, by Bingo
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Les SOUCOUPES VIOLENTES. 16 potions d'amour  (Twenty Something, 2021)
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Pour prolonger...

Les SOUCOUPES VIOLENTES : Bandcamp
Les SOUCOUPES VIOLENTES sur le site web de Nineteen Something
Les SOUCOUPES VIOLENTES : Facebook
Les SOUCOUPES VIOLENTES : discographie complète en version digitale
     (chez Nineteen Something)

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Dans nos archives sonores :
Emission Rock à la Casbah #625 du 31/05/18
Emission Rock à la Casbah #747 du 13/10/21



Dans nos archives écrites :
Chronique de l'album Fort intérieur (03/05/2016)
Article La France souterraine #002 (24/10/2018)
 

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Photographies : Alain DUPLANTIER, DR, Nineteen Something, Baldo, bingO
Illustration & graphisme : Mezzo & Max, Baldo ; THX : NINETEEN
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soucoupesnineteen_2_500.jpg, by Bingo
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On a tous quelquechose de NINETEEN

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soucoupes45pochetterecto_500.jpg, by Bingo

XXXXXXXX Love potion N°17, number 3 sur Spotify XXXXXXXXXXX
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