
Quelques semaines après une tournée française qui les a amenés de Metz à La Rochelle via Paris (concert magnifique, sono dégueulasse) et Nantes, les quatre membres de TROPICAL FUCK STORM reviennent sur leur excellent Fairyland codex, leur amour pour les reprises et deux-trois autres choses...
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"Nos chansons sont des puzzles qu’il faut résoudre"
Votre album semble assez différent des précédents, c’était quelque chose de volontaire ?
Gareth LIDDIARD : Ça s’est juste fait comme ça.
Erica DUNN : C’est notre croissance, bébé ! Il est tombé du ciel. Je ne crois pas qu’on ait essayé de faire quoi que ce soit de différent. On a juste fait comme on fait toujours, et ça a donné ce résultat là.
Il y a plusieurs chansons dessus qui ne sonnent pas comme des morceaux typiques de TROPICAL FUCK STORM, je pense par exemple à Stepping on a rake, qu’on peut considérer comme votre toute première ballade. Outre le fait que c’est une superbe chanson mid-tempo, j’aime beaucoup qu’on puisse l’interpréter comme une chanson d’amour très cynique et déprimante tout comme une déclaration touchante de Gaz pour Fiona...
GL : Ouais, j’imagine que ça peut marcher dans les deux sens en effet. Tu peux choisir l’interprétation que tu préfères.
La composition est un peu inhabituelle. Je ne sais pas si les chansons s’inspirent de choses plus personnelles, mais j’ai l’impression que vous êtes un peu plus en retrait sur vos commentaires sociaux et politiques habituels...
GL : Ouais, enfin...
ED : Elles sont personnelles, mais pas en retrait...
Lauren HAMMEL : Peut-être est-ce que c’est juste ta façon de voir les choses ?
Évidemment. Mais une chanson comme Bye bye snake eyes aurait très bien pu se retrouver sur un disque de PALM SPRINGS. Dites-moi si je me trompe ?
ED : Je suppose, oui. À vrai dire, c’est une chanson qu’on essaie de recycler depuis pas mal d’années déjà et elle a presque terminé à la poubelle. Mais c’est une bonne chanson, elle a une bonne mélodie. C’est presque devenu une malédiction de passer tout ce temps à chercher de quoi elle avait besoin pour marcher. J’ai un peu cette impression que nos chansons sont des puzzles qu’il faut résoudre.
GL : D’un point de vue extérieur, tout le monde pense qu’on est des experts et qu’on sait ce qu’on fait, genre « Ouais, faisons ça, ok, ok ! », mais avec un groupe comme nous, ça ne se passe pas comme ça : on essaie des nouvelles choses tout le temps. On essaie de comprendre notre processus au fur et à mesure qu’il se déroule, jusqu’à ce que ça finisse par fonctionner.
"On n’est pas la nouveauté hype indie ou quoi que ce soit"
On peut aussi évoquer Joe Meek will inherit the earth qui a des parties de piano assez inhabituelles, presque dub. Est-ce que Michael BEACH a eu une influence sur le rendu de vos enregistrements ?
Fiona KISTCHIN : C’est vrai que c’est lui qui joue du piano sur Joe Meek.
GL : Oui, dans le sens où il se trouvait dans la pièce. On ne fait pas de production, on n’a pas de producteurs. C’est lui qui a enregistré le disque et toutes les personnes impliqués l’ont produit. On essaie juste d’arriver à un produit fini tout en faisant des choses qui nous amusent. Il n’y a pas de plan prédéfini, on est plutôt du genre à se dire « Merde, faut qu’on s’y mette ! ».
Travailler avec lui n’a rien changé à vos habitudes alors ?
ED : C'était assez similaire dans le sens où c’est quelqu’un qu’on a invité pour gérer l’aspect technique, parce que c’est souvent le bordel avec nous. Les gens qui arrivent se disent « Mais putain, c’est quoi tous ces trucs ? Où va donc ce câble ? ». Là où on enregistre il y a aussi cette très belle cuisine où on prépare nos dîners et où on peut parfois accidentellement enregistrer des choses à deux heures du matin. C’est comme ça que ça se passe, bienvenue à la teuf ! Michael s’en est super bien sorti.
Que ce soit sur votre disque ou le sien, cela marche effectivement très bien. Il apporte des choses à votre musique et vous à la sienne...
GL : Ouais, on laisse juste les choses arriver et si Michael dit « Ça fait l’affaire » alors ok, c’est cool ! Si notre voisine passe par là et nous dit « Ouais, c’est pas mal, mais essayez plutôt ça », aucun souci. On n’est pas pas très compliqués, on lui dira « Oui, oui oui » [en français dans le texte, NDLR].
ED : C'est une conversation.
Vos différentes collaborations ne sont donc pas une façon de changer de la routine ?
GL : Si, jusqu’à un certain point, mais je crois que c’est surtout qu’on n’est plus très jeunes, on adore la musique et on en connaît beaucoup sur le sujet. On n’est pas la nouveauté hype indie ou quoi que ce soit… C’est surtout lié à des vibrations, c’est souvent comme ça que je l’explique ces derniers temps. On essaie de découvrir ce que ça signifie pour nous.
"C'est toujours une mauvaise idée de reprendre Jimi HENDRIX"
Votre éclectisme musical est plus qu’apparent quand on regarde tous les groupes que vous reprenez. Vous n’en avez pas fait pour votre dernier album, une grande première. Est-ce que vous avez déjà pensé à sortir un album de reprises ?
ED : À vrai dire, oui, on en a déjà parlé ensemble.
LH : Ah bon ?
Tout le monde : Ouais !
ED : C’est en cours.
FK : On pensait même l’appeler TROPICAL FUCK STORM’s greatest hits [rires].
Votre reprise de Jimi HENDRIX est complètement dingue !
GL : On a fait ça en confinement pendant le COVID. On s’est juste dit… Tu sais, il y a des types de chansons qu'il ne faudrait jamais reprendre parce qu'elles sont trop iconiques ou difficiles... C'est donc toujours une mauvaise idée que de reprendre Jimi HENDRIX. On s'est demandé quelle chanson de lui serait la plus ambitieuse à reprendre.
LH : Tout ça s'est fait parce que Gaz ne voulait pas se retrouver tout seul dans le bush pendant le COVID. Il voulait qu'il y ait des gens qui trainent avec lui.
GL : Ouais, on a un pote à nous qui est venu, Dan KELLY. Il joue de la guitare et après on est parti en sucette. C'était assez amusant à faire. Et si ça n'avait vraiment pas marché, on aurait toujours pu le mettre à la poubelle [rires].
C'est ce qui est arrivé à votre reprise de NIRVANA qui est impossible à trouver ?
GL : Non, elle est toute prête, on n'a juste pas encore trouvé un moyen de la sortir.
FK : On a fait ça nous ?
ED : Ouais !
GL : Aneurysm.
Vos débuts ont été très particuliers puisque vous êtes partis en tournée aux États-Unis avec seulement quelques chansons en poche.
FK : Oui, c' était une bonne idée, on s'est bien amusé. On faisait la première partie de BAND OF HORSES, qui sont des bons amis à nous.
LH : C'est un peu flou dans ma mémoire [rires].
ED : Moi ça me fait bien rire en y repensant.
FK : Et il me semble qu'on a fait plein de reprises pendant cette première tournée.
ED : On a joué du FUGAZI...
FK : On a même fait des chansons des DRONES.
GL : On a aussi repris LOST ANIMAL, NATION BLUE...
ED : The DIVINYLS....
FK : Il me semble qu'on n'avait que deux ou trois chansons à nous sur cette tournée.
LH : Oui, mais en même temps nos sets ne faisaient que six morceaux.
Ça a dû parfaitement matcher avec l'urgence de votre musique.
ED : On apprenait à jouer ensemble et ce qui est génial avec les tournées, c'est que tu as l'opportunité de tout le temps jouer ensemble !
GL : Je trouve que ça n'a rien d'extraordinaire, beaucoup de groupes faisaient ça dans les années 60 et 70.
Diriez-vous que le fait de venir d'Australie aide à avoir tous ces éléments étranges dans votre musique ? On dirait que beaucoup de groupes là-bas sont incapables de sonner comme des groupes de rock traditionnels.
ED : Je ne suis pas sûre que ça soit lié à ça. Je pense qu'on est juste des gens très étranges.
FK : Oui, on pourrait venir de n'importe où en fait.
ED : On a eu de la chance de s'être trouvés !
Je me souviens qu’à l'époque des DRONES, Gaz expliquait que ça avait beaucoup à voir avec le fait que le pays soit aussi isolé.
ED : On pourrait écrire toute une thèse sur l'aspect bizarre de la culture australienne.
GL : Il y a eu un changement. Les DRONES ont existé avant Courtney BARNETT et KING GIZZARD. Ils ont rendu le fait de venir d'Australie à peu près acceptable. Avant ça c'était..
ED : Dégueulasse !
GL : Ouais, c'était irritant. Ce n'était pas aussi cool, voire même ça ne l'était absolument pas.
LH : C'est toujours le cas en Australie.
"On fait beaucoup de chansons qui sont
impossibles à jouer sur scène
sans amener tout un tas de bordel"
Pour en revenir à Fairyland codex, il y a ce nouvel élément dans votre musique avec les guitares acoustiques. C'est moi ou les deux chansons unplugged que vous avez jouées dans Gummy gummy gumdrops y sont pour beaucoup ?
GL : Mais oui, carrément ! Je me suis dit “On devrait plus essayer des choses dans ce genre”, parce qu'on était très heureux du résultat.
Fairyland codex, la chanson, est un autre morceau qui semble très différent de ce que vous faites d'habitude, tout en visitant des endroits très étranges. Vous ne l’avez à ce jour toujours pas jouée sur scène : elle est trop compliquée à faire ?
ED : Entre la fin de l'enregistrement de l'album et le début de notre tournée aux États-Unis, on ne s'est autorisé que trois jours de répétitions.
LH : Et je suis arrivée avec un jour de retard [rires].
ED : Il nous a aussi fallu toute une journée pour comprendre comme jouer Goon show sur scène. Il ne nous restait donc plus qu'une journée pour gérer tout le reste... On finira bien par y arriver.
GL : Et puis si on voulait ajouter des guitares acoustiques sur scène, il nous faudrait du matos en plus et ça serait compliqué avec les compagnies aériennes. Et il nous faudrait aussi plus de temps pour faire nos soundchecks, donc c'est surtout une question de logistique.
LH : Il faudrait qu'on rachète des guitares acoustiques après chaque vol parce qu'elles finiraient probablement écrasées.
J'ai entendu que Gaz avait souffert du syndrome de la page blanche sur l'album précédent ?
LH : Qui t'a raconté ça ?
C'est ce que Gareth racontait en interview...
[Tout le monde rigole]
GL : Je n'ai vraiment pas aimé le confinement.
LH : Oh, j'ai adoré ça, j'aimerais trop y retourner !
Au moins vous avez pu profiter de grands espaces, vous n'étiez pas tous entassés dans des immeubles.
GL : Ouais, sauf qu'on n'avait pas le droit de se rejoindre. C'est pour ça qu'on a fait notre film Goody goody gumdrops, parce qu'en Australie, c'était la seule façon qu'on avait de pouvoir se retrouver tous ensemble. Ça n'était pas possible si tu voulais faire de la musique, ou bosser ou construire une maison. Par contre si tu voulais faire un film... AMYL & the SNIFFERS ont fait ça et ils nous ont refilé le tuyau. On a donc pu avoir un permis.
FK : Oui, on en a eu un nous aussi !
LH : Tu n'arrêtes pas l'industrie de la pub comme ça [rires]. L'armée avait besoin de recruter du monde, il fallait bien les laisser faire une pub !
Il semble que vous jouiez beaucoup de chansons de votre premier album sur scène ces derniers temps.
ED : Ça a fini par pas mal s'équilibrer à l'heure actuelle.
FK : Ouais, on fait un set plus court ce soir puisqu'on est à un festival, donc on ne va en jouer que... combien ?
GL : Seulement deux, Rubber bullies et Tyres. Mais tout va bien, on ne fait pas de la musique rationnelle ou mauvaise...
ED : Tu n'en sais rien Gaz !
FK : On pourrait dire ça.
LH : On fait beaucoup de chansons qui sont impossibles à jouer sur scène sans amener tout un tas de bordel. Il faut qu'on amène des morceaux qu'on peut juste jouer tous les quatre.
GL : Ouais, comme un groupe à guitares.
ED : Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais j'aime beaucoup les groupes qui sortent des disques et qui les salopent bien quand ils jouent sur scène. C'est vraiment fun d'avoir cette chance de réinterpréter ta musique.
GL : C'est comme si tu reprenais tes propres morceaux.
OK, il semble que mon temps soit écoulé. Merci beaucoup à vous pour votre temps !
Interview by Éric F.
(20 juillet 2026)XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
TROPICAL FUCK STORM. Fairyland codex (Fire Records, 2025)
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Pour prolonger…
TROPICAL FUCK STORM : Bandcamp
TROPICAL FIRE RECORDS STORM
Fuck it dude, let's go bowling !
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Dans nos archives sonores :
Mixtape #105 (20/07/2026)
Dans nos archives écrites :
Fairy bad trip, par Éric F. (08/10/2025)
Bruits de fusées // TPS [Live], par Éric F. (18/11/2022)
Dystopie or no to be ?, par Éric F. (01/10/2021)
Chronique de l'album Braindrops, par Éric F. (18/10/2019)
Cette interview est également disponible en version originale :
In the eye of the storm (05/07/2026)
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Photographies : Éric F., DR.
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