QUIVERS : BLUE OYSTER CUT

Chronique (2024 / 2025)
          À la lecture de ces lignes, vous pourriez penser que l’Australie se résume à un formidable vivier de groupes rock garage aussi passionnants que foutraques. Ce serait pourtant oublier un peu vite que le pays des kangourous nous a également offert de séminaux groupes pop, The GO-BETWEENS en tête. Dans ce registre, on se consacre aux QUIVERS et à leur album de 2024.
[D'humeur taquine, le rédac' chef prévient qu'il va mettre son grain de sel dans la prose de notre perspicace collaborateur...]

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          S’ils continuent de sortir des disques de la trempe de ce superbe Oyster cuts, les quatre membres de QUIVERS pourront rapidement revendiquer leur entrée dans le panthéon australien [Carrément ?, NDLR ]. Le quatuor de Melbourne, qui signe ici ses débuts chez Merge Records, fait une entrée remarquée sur le label tenu par les membres de SUPERCHUNK, avec un album résumant parfaitement tout ce qu’on est en droit d’attendre d’un très grand disque de pop [Mouais..., NDLR ]. QUIVERS carbure tout au long de ces dix chansons à l’envie… mais aussi au manque. On passe donc d’ambiances langoureuses, voire lascives, à de réjouissants moments d’orages électriques, propices à évacuer les frustrations.

On avait déjà décelé toute l’inventivité du groupe sur ses relectures très originales du Out of time [Quelle idée ? Rien de mieux à faire ?, NDLR ], cela se confirme ici : on ne compte plus les chansons d’Oyster cuts qui pourraient légitimement prétendre à un statut de single idéal pour représenter l’album. Atteignant un classicisme et une évidence pop inattaquables [Mouais... bis - je te propose d'écouter ce titre des MAGIC NUMBERS, où tout est dit - ,NDLR], la musique de QUIVERS ne donne même pas envie de se laisser aller à un habituel name-dropping pour évoquer ses influences, tant celle-ci se suffit à elle-même. Toutefois, il conviendra de souligner ce clin-d’œil appuyé au Shady Lane de PAVEMENT dans les paroles du single Apparition où « oh my god » rime avec « everybody’s got » [et où le riff primal-richardsien se cale mélodiquement sur le Yellow de COLDPLAY - possiblement la seule bonne chanson de ce groupe - et des contre-chants/chœurs Ooo Ooo Ooo Ooo à la BLUR lorgnant PAVEMENT ; à signaler un beau et harmonique  final vocal Joan JETT/RUNAWAYS à une minute de la fin, NDLR]. Le morceau, qui évoque la nécessité d’avancer (même si cela implique de se coltiner des fantômes), se plaît à mettre en avant le fait qu’on peut trouver de l’humour même dans le deuil (d’un proche, d’une relation, d’un idéal…). C’est effectivement flagrant, tant QUIVERS parvient à dessiner un grand sourire sur le visage de l’auditeur, tout au long du disque, ouvert et conclu par des boucles sonores qui renforcent la cohésion de l’ensemble.

Entre-temps, on sera passé de l’ambiance éthérée de l’introductif Never be lonely, aux réjouissantes guitares tendues du formidable Fake flowers, sans sourciller, en regrettant seulement que l’album ne dure pas plus longtemps, ses quarante-deux minutes passant forcément trop vite. L'expression temps mort semblant proscrite du vocabulaire de QUIVERS, Oyster cuts souligne à quel point Sam NICHOLSON, Bella QUINLAN, Holly THOMAS et Michael PANTON sont complémentaires, surtout au niveau du chant, que les quatre membres du groupe maîtrisent à la perfection. Chacun a ses parties lead, et ça devient un pur régal quand ils chantent à l’unisson, notamment sur le refrain du tubesque Pink smoke.
 
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Si Oyster cuts nous donne souvent envie de rejoindre le groupe et de chanter à tue-tête avec eux, il ne nous réserve pas moins de jolis moments plus introspectifs, comme sur le délicieux Screensaver, porté par des guitares aux vibratos qui distendent une nostalgie quelque-peu rêveuse (« Before the internet took all our time, what did people do with all that time ? ») [Et sur lequel, à tout moment, on peut poser un "With or without you" ; tu la sens la connexion avec le sus-cité COLDPLAY ?, NDLR]. Aussi lascif que lancinant, le refrain du morceau tutoie les sommets, tout en s’interrogeant sur les relations humaines à l’époque de l’ère digitale («I’ll be yours, I’ll be yours, I’ll be your screensaver »). Le morceau de conclusion, Reckless est fait de la même trempe et s’étire pendant six minutes langoureuses qui voient le groupe clamer à l’envi sa volonté de devenir plus téméraire (« I wanna be more reckless », treize fois). Il n’en aura, en tout cas, nullement besoin pour vous séduire avec Oyster cuts (si ce n’est déjà fait), tant tout y est [presque,  NDLR] parfait, de A à Z.

 

Éric F.

(25 février 2025)

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QUIVERS. Oyster cuts (Merge Records, 2024)
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Pour prolonger...

QUIVERS : Bandcamp
QUIVERS, en concert sur The Best show


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Dans nos archives écrites :
Summer here kids (Playlist // été 2022) (15/07/2022)

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quivers5.jpg, by Bingo
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Photographies : Éric F., DR.
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