Ty Segall & The Muggers en live

Sueur et tremblements // Par Oscar Mavioc'h
Ty Segall & The Muggers | L'Epicerie Moderne – Lyon | 6 juin 2016

Les lyonnais sont bien mis ce lundi 6 juin devant l'Epicerie Moderne. Comme le veut la tradition, les barbes sont bien taillées et les jupettes suffisamment légères pour faire tourner de l'oeil le groupe de geeks fraîchement déposé par ses parents. Nous aussi, on a l'air cool avec notre pizza dégueulasse et nos t-shirts crados. Ce soir, Ty Segall se la donne à deux pas des raffineries en grève et mon trio de choc est venu voir ce que ça donne.

La première partie est assurée par Audacity, des Californiens que je soupçonne d'être allemands et qui nous servent un punk à roulette déclenchant un pogo de sébum. Les lycéens s'explosent leurs spots à la gueule et ils sont contents. J'ai repéré huit ou dix mesures intéressantes et le reste, très peu pour moi. Malgré tout, on ne peut pas reprocher aux gamins de bien faire le job. En sortant de la salle pour aller cloper, j'ai vu qu'il y avait plus de monde dehors que dedans. Ce soir, l'Epicerie va transpirer, je sens.

Et ça n'a pas loupé. A peine les Muggers entrent en scène que la foule se rue contre l'estrade. Ty Segall n'est incarné que par un pied de micro central. Le groupe nous débaroule la gueule d'entrée de jeu et le leader de vingt-huit ans ("le salaud" dixit mon pote) se pointe avec l'assurance de celui qui a fait ça toute sa vie. Le set s'enchaîne, à peine le temps d'un "thank you", grillant définitivement les neurones du public qui se tortille déjà dans tous les sens. Au troisième morceau , le pogo est violent. Au quatre ou cinquième, Seagall cherche Slobo, une créature tirée de ses albums précédents. Slobo se verra incarné par une personne choisie dans la foule, une sorte de Bogdanov péroxydé de dix-sept ans et qui assurera le chant, briefé au préalable par le californien. Le gamin prendra son pied, soutenu par ces Bad Seeds flegmatiques et lo-fi à la perfection. 

King Tuff est toujours là, mi-Guantanamo, mi-ramasseur de poubelles, le clavier ressemble à un dealer de San Francisco, basse et guitare sont deux maquereaux vêtus d'une élégante colère et le batteur androgyne marave sa batterie avec ce que je ne crains pas d'appeler une certaine finesse. Segall reprend le micro. Le gamin a joui, Seagall sourit, toutes dents dehors et on continue ! Il cédera à nouveau son micro, plus tard, pas bégueule. Les gens montent sur la scène et se jettent dans le public. Certains se ratent lamentablement et c'est toujours aussi drôle. Deux connards devant moi vont sur Facebook. Tiens, le pogo s'approche, messieurs, je vous y invite d'une grande tape dans le dos ! J'espère que leurs fumisteries de portables ont été piétinées. Hipsters de mes fesses !

Le groupe se la donne généreusement, se la pète juste ce qu'il faut, le clavier ne sait pas trop où il en est et le chanteur s'éclate la voix. Le dernier morceau, "Fingers" sera chanté par le public. En moins de dix ans de carrière, Segall, grâce à son travail acharné et ses projets multiples (Fuzz, Espilons et j'en passe... ) a déjà conquis une bonne partie du rock'n'roll. Ce mec est d'une générosité sans faille. La preuve en est dans cette cassette que j'ai achetée et que j'écoute en boucle dans ma 106 Casbah Records, me remémorant chaque goutte de sueur versée dans l'Epicerie Moderne laquelle, pour une fois, a tremblé . 

Il reste quelques dates en Europe ! Il faut y aller !