SUR NOS PLATINES

Les disques de la semaine

1 / EZRA FURMAN - 12 nudes - Bella Union (2019).

Sur son 8ème album, le toujours jeune Ezra Furman va au-delà de la révérence aux icônes new-yorkaises Loulou Reed et Jonathan Richman : tempo rapide, guitares en barbelés, cordes vocales martyrisées, saxophone au placard... la sauvagerie est totale. Toutefois, que l’on ne se méprenne point, le gaillard ne fait pas que lâcher les chiens. Il sait écrire et composer de magnifiques chansons (I wanna be your girlfriend, ballade 60´s déglinguée) et, malgré la rage et l’énergie, les mélodies surnagent, comme chez les Pixies de Trompe le monde (What can you do but Rock’n’roll ou In America, pop song idéale pour tailler rapidement la route). Sur le fougueux Calm down (aka I should not be alone), le titre ouvrant ce nouveau disque, Ezra Furman convoque les Heartbreakers de Johnny Thunders et les chœurs lucifériens des Rolling Stones.
 
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17830424-7406565-image-a-44_1567079560870.jpg, by Laetitia
 
Calm Down aka I Should Not Be Alone, by Laetitia


2/ DANIEL JOHNSTON – Artistic vice – Shimmy Disc (1991).

Au début des années 80, un jeune homme prénommé Daniel veut séduire une jeune fille, Laurie. Pour elle, il écrit et compose ses premières chansons, les enregistre sur des cassettes auto-produites, auto-distribuées, pour lesquelles il dessine les pochettes, avec monstres gluants, aliens et grenouilles sympathiques... Mais Laurie partira avec un autre (un croque-mort, selon la légende). Daniel Johnston ne se remettra jamais d’avoir été éconduit par sa muse. Paranoïaque, schizophrène et maniaco-dépressif, il voit régulièrement le diable, communique avec des fantômes et va même jusqu’à défenestrer une voisine sexagénaire ! En parallèle de ses séjours en établissements spécialisés, Daniel continue la musique. Le roi de l’underground, c’est lui. Le Do It Yourself total, c’est lui. La musique Lo-Fi suprême... c’est bien évidemment lui ! Sa voix chevrotante et ses exceptionnelles mélodies enfantines vont émouvoir les esthètes du monde indépendant, public comme musiciens : Kurt Cobain portera sur scène son superbe tee-shirt batracien, des membres de Sonic Youth, des Butthole Surfers ou le chanteur Jad Fair l’aideront à enregistrer parmi ses meilleurs albums et le regretté Mark Linkous (Sparklehorse) lui produira un magnifique album au début de ce siècle.
Daniel Johnston est mort le 11 septembre 2019. Il va terriblement nous manquer... Ses disques ont toujours tourné sur nos platines, mais s’il ne fallait en garder qu’un seul, ce serait Artistic vice. Parfait pour une entrée en matière, ce chef-d’œuvre paru sur Shimmy Disc en 1991 nous montre une bonne partie de sa palette musicale (folk lo-fi intimiste, country débridée, rock’n’roll irrévérencieux, garage furibard) et regorge de joyaux : Laurie (bien évidemment), My life is starting over, ou I feel so high.
 
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r-1705005-1405052188-7588.jpeg.jpg, by Laetitia
 
Daniel Johnston- I feel so high, by Laetitia


3/ RICHARD HAWLEY – Cole’s corner– Mute (2005) ; réédition : Setanta, (2019).

En 2019, le roi Richard a livré un excellent album (Further – BMG), bien placé pour les playlists de fin d’année... mais soyons francs : il n’arrive pas à la cheville de True Love’s gutter (Mute, 2009) ou de Cole’s corner. Ce dernier fait aujourd’hui l’objet d’une magnifique réédition vinyle. C’est l’occasion de l’écouter, nuit et jour.
Cole’s corner est un endroit de Sheffield où, au siècle dernier, les parents du guitariste-chanteur se sont rencontrés. A grands renforts de cordes luxuriantes, la chanson introductive homonyme annonce, ce qui va suivre. Mélancolique mais jamais nostalgique, Richard Hawley nous invite à une balade dans les années 50 et 60 sur dix autres magnifiques chansons. La classe ultime.
 
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r-14133356-1568458882-4169.jpeg.jpg, by Laetitia
 
Richard Hawley - Coles Corner, by Laetitia