The Mystery Lights en live

Généreuses lumières // par Vico - La Maroquinerie | 15/10/19

On a beaucoup parlé du pari, réussi par Daptone, de signer en 2015 The Mystery Lights sur son label rock Wick Record et de la bombe éponyme qui sortit l’année suivante. On sait moins que la formation new-yorkaise, emmenée par les guitaristes Mike Brandon et Luis Alfonso Solano, est née en Californie et a mis une bonne dizaine d’années avant de trouver le bon collectif. Et le moins qu’on puisse dire c’est que la mayonnaise a bien pris comme le confirme le nouvel album « Too Much Tension! » sorti en mai dernier et objet de cette tournée européenne.

C’est d’abord aux « Wild Fox », jeune quatuor garage, d’ouvrir le bal et les saumurois ne se font pas prier. Mis sur orbite par une batterie démoniaque de précision, les renardeaux chauffent le terrier avec une psyché-pop véritablement sauvage. Le chanteur tape un peu trop souvent dans le registre du métalleux à la voix élimée au bourbon mais ses déhanchements de veau touché par la maladie de Creutzfeldt-Jakob compensent largement. On est chauds, merci !

Oui, merci car ça démarre sans préliminaire avec la bande à Brandon qui installe elle-même son matos. Mike pose son cuir et ses colliers sur l’ampli, lance l’intro pour fignoler les balances et s’enfile une dernière rasade de whisky, « Hello Paris! Long time no see. Are you ready? ». Et c’est parti avec un « I'm So Tired of Living In The City » tendu à souhait.

C’est le moment où tu réalises que tu es pris dans le cylindre de la machine à laver et que tu en sortiras forcément essoré. Les morceaux s’enchainent parfaitement, parfois sans discontinuer. On respire avec les petites intros avant la balade « Watching The News Gives Me The Blues » ou avant le doorsien « It’s Alright » puis on tourbillonne sur « Melt » ou « Too Much Tension » qui n’a jamais aussi bien porté son nom.

Les deux albums sont joués quasiment intégralement. Il manque « Wish That She’d Come Back », ma préférée avec sa scie musicale, mais il n’y a pas de temps mort tant leur répertoire plane à un haut niveau de musicalité. Brandon est à la hauteur de sa réputation scénique. Il passe avec classe du groove de « What Happens When You Turn The Devil Down » à la fureur de « Thick Skin » avec des vieux airs d’Alvin Lee à Woodstock… On s’envole !

Et on en vient au final avec les deux reprises « Dead Moon Night » de Dead Moon et « 122 Hours of Fear » de The Screamer dans une atmosphère de cour d’école. Chacun prend l’instrument de l’autre pendant que ce dernier va slammer. Ça se balance des baguettes à la gueule et ça fait tourner ce qu’il reste de la bouteille de whisky. Ça se zieute, ça se frotte, ça se bouscule. Ça rigole, ça s’amuse et ça joue.

Et ça joue putain de bien. On sent que leur entente y est pour beaucoup. Et on en revient forcément à l’importance du collectif. Mike est peut-être une étoile qui brille un peu plus que les autres mais jamais il ne leur fait de l’ombre. Il n’y avait pas de mystère ce soir, les lumières étaient glorieuses et généreuses.
 
Can't Get Through to My Head, by Laetitia