LIVE REPORT

Trouble-fête 2, à Troyes le 5 octobre 2019, organisé par The Message, Vague à l'Âme, Datapanik et La Maison du Boulanger Centre Culturel Troyes // par Nicolas Gougnot

Dans un concert de rock, il y a toujours un gros lourd surbourré qui danse, si on peut appeler ça danser, les deux pieds dans sa flaque de bière et qui, cambré en arrière au pied de la scène, le poing tendu en l’air, brame « ANAVEU ENCORE !» à la fin de chaque set (dans le meilleur des cas) ou à la fin de chaque morceau (dans la situation la plus courante).
Samedi soir, c’était moi.
Je sais pas ce qui m’a pris.
Mais du coup, je me rappelle plus très bien.

Je me rappelle que la bière était vachement, vachement bonne.

Je me rappelle avoir trouvé bien sympa Dérinëgolem, duo mélangeant musique traditionnelle albanaise (violon et chant féminin) et tradition rock par une batterie bien appuyée.

Je me rappelle que Tout Bleu, j’ai pas bien compris. C’était loin d’être mauvais, hein, mais ce n’était pas ce qu’il me fallait. J’avais envie de beaucoup de bruit, pas de trucs raffinés. Je me suis réfugié dans la bière, je n’ai pas trouvé mon salut à la buvette.

Je me rappelle que le Réveil des Tropiques, c’était pas Le Réveil des Tropiques, heureusement, parce qu’ils étaient tout maigres et bien pâlots. Jeunes gens d’Entracte Twist, il faut faire régulièrement de l’exercice physique, manger des nouilles, mais aussi de la viande, en quantités certes raisonnables mais néanmoins non négligeables car les légumes ne suffisent pas, et prendre l’air de temps en temps. Sans déconner.

Je me rappelle n’avoir pas très bien supporté le début du set de Miss Tetanos. L’esthétique science-fictionnesque, les espèces d’antennes cheloues, la froideur, le parallélépipédisme rectangle du jeu du batteur. Les vidéos de rats surtout. Alors j’ai fermé les yeux. Et tout est parti en couille. J’ai adoré. Mais je me rappelle plus trop, à part que tout est allé crescendo.
Je me rappelle plus trop du set d’Abschaum, à part que ça m’a emmené très très loin, que le bassiste a fait quelques kilomètres et pis que, somme toute, c’était pas Abschaum, qui n’est jamais venu à ce qu’il paraît, mais le Réveil des Tropiques, finalement. Abadacor, c’est pour ça qu’ils étaient trois et pas juste un tout seul. Mais je viens de vérifier. Le Réveil des Tropiques sont cinq tandis qu’Abschaum, c’est trois gusses. Il semblerait que ma mémoire me joue des tours. Bizarre.

Je me rappelle plus trop de la prestation d’Usé, sauf que Nicolas Belvalette était très en sueur et que c’était beaucoup trop court. Trois morceaux, pas plus, c’est bien ça, hein ? encore une histoire de couvre-feu, sans doute. Putain, je suis pas emmerdé par ce genre de conneries dans ma cambrousse. On peut se foutre de nos gueules de culs-terreux, mais personne ne nous fait chier. Pour revenir à Usé, je me rappelle vaguement d’une alerte incendie et d’une histoire d’amphétamines et surtout d’une énergie énorme, rageuse. Je me rappelle plus très bien, mais j’ai adoré.

Je me rappelle plus trop avoir importuné le batteur de Miss Tetanos en lui assénant des vérités de poivrot, à savoir qu’il faisait de la musique fasciste à cause de la dialectique du rat, un truc comme ça, pas bien malin. J’ai lu tellement d’amusement et d’empathie dans son regard que je ne culpabilise pas trop, je n’ai pas dû être extrêmement blessant. Toutes mes excuses néanmoins.

Après, je me rappelle plus du tout.