The legendary Tigerman en live

Les babas coulent le show mais le tigre rugit // par M.Arty & photo de Lisa Valence

The Legenddary Tigerman I Centre Culturel de Chabeuil I 10 Novembre

De la problématique des concerts de rase campagne. Morne plaine. Dans nos contrées perdues, loin de toute métropole, le concert fait office d'exutoire, de fêtes entre amis. Punk à chien repenti, baba cool coincé dans le passé ou vieux rockeur alcoolo descendent des montagnes pour se défoncer la gueule. Dans l'arène, un tigre.
Il y a aussi tous les autres, plus discrets, ceux qui aiment le Legendary Tigerman, ceux qui ont été surpris mais heureux qu'un tel artiste pose ses magnifiques guitares le temps d'une soirée au pied de l'humide et froid massif du Vercors. Merci à l'asso Deviation qui a eu l'audace de le programmer. Malheureusement, la rencontre entre les mondes n'a pas eu lieu ce soir.
Tigerman arrive seul sur scène, le public est dispersé, dissipé. Alors que les premières notes de Do Come Home retentissent, le silence ne se fait pas. Une grande partie du public s'en branle et continue de bavasser, de trinquer sans aucun égard pour l'artiste sur scène. Je suis hors de moi, ces trous du cul traitent cet artiste hors-norme venu de loin comme un petit groupe d'ado qui se produit pour la première fois à la fête de la musique. Honteux. Le titre terminé, Tigerman les interpelle pour leur faire comprendre que le concert a débuté. Une sorte d'énergumène qui porte la connerie en étendard et un tee-shirt des Beruriers Noirs (avec tout le respect que j'ai pour ce groupe, la corrélation connerie / tee-shirt des Béru est forte) lui hurle un "ferme ta gueule ! On veut du rock". Le tigre le regarde intensément, il n'attaquera pas, mais on sent que ce concert l'emmerde déjà (et on le comprend). J'ai vraiment honte (je ne suis pas le seul). Ce soir le public est merdique. J'ai aussi peur que le concert tourne court et que le Legendary balance ces titres pour faire le métier sans envie. Courroucé, il enchaine les titres lo-fi et très blues de son premier LP "Naked Blues", derrière lui défile des courts-métrages très vintage et assez obsessionnels (femme salace et lascive, route qui défile sans but, images nostalgiques). En quelques titres le tigre reprend la main, mes doutes s'envolent, Tigerman est rejoint par Paulo Segadães, batteur, sorte de Ranx Xerox puissant et binaire qui claque sa batterie sechement sur Wild Beast. Il ne quittera plus la scène jusqu'à la fin du show. De manière incompréhensible, le public se clairsème au fur et à mesure que l'intensité monte. Les tubes de "Femina" sont aussi de la partie avec These Boots are made for walking ou And then came the pain sans oublier le magnifique titre de Lisa Kekaula (Bellray) pour lequel Tigerman accompagne une bande son vidéo (gros plan sur Lisa entrain de chanter). Nous sommes de moins en moins nombreux quand la cover ultra speed de She Said retourne la salle. Une femme sans age est hystérique. Elle saute et tourne la tète dans tous les sens, prise de folie. Quelqu'un me renverse une bière sur le futal et je vois un autre en balancer sur le public attentif devant la scène. Tigerman enchaine avec une interprétation chaotique et violente de Storm Over Paradise. Le concert s'achève dans un maelström sonore pendant lequel il hurle 'Rock'n'roll'. Le son s'arrête, Tigerman quitte la scène et ne reviendra pas. Nous ne méritions pas de rappel.
Merci à lui d'avoir assuré le show avec conviction.