Le live post-Covid : du foutage de gueule en devenir ?

Coups de latte (2022)
          C'est le grand retour des concerts, mais gare aux usurpateurs et autres tire-au-flanc ! 
Notre correspondant Genevois est un poil énervé.

 
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          COVID, COVID, COVID... On n’en peut plus du COVID et par chance, début 2022, celui-ci semble perdre un peu de son intérêt auprès de nos chères autorités et enfin nous foutre la paix. Résultat : concerts ! Enfin ! Et nous voilà repartis, après 5 années d’abstinence tropicale pré-covidienne ou pure COVID, sur le chemin du LIVE ! Quelle joie ! Renaissance presque. Plein d’espoir et de déraison, on s’engouffre sur le web pour savoir qui joue où. On veut voir, ressentir, vivre la musique in vivo.

Pour le reste, nul n’est censé ignorer qu’on apprécie les HANEKE TWINS, des Suisses aux dark pensées qui refusent de chanter l’Amour, préférant parler société, politique, bordel mondial...

Le 13 avril 2022, direction la BARAKASON, la maison de quartier à Thônex, dans la banlieue genevoise, en Suisse, pour assister au festival du week-end Renaissance (NDLR : au moment de la transmission de son papier à la rédaction, notre correspondant suisse ne sait peut-être pas que le parti politique présidentiel français La République en marche devient Renaissance !!! ). Samedi Rock. Dimanche Ska – Reggae. Le bonheur est dans la banlieue et on y va heureux, plein d’espoir de trouver ce qui a tant manqué ces derniers temps : de la vie sur scène.

Les HANEKE TWINS jouent en dernier, mais avant il y a les DOPPELGÄNGER, les sosies valaisans descendus exprès de la montagne dans la capitale du Valais, Genève. Et puis aussi le solitaire SIGDOR, du bout du lac qui, ce soir, ne sera plus seul, mais très bien accompagné. On regarde tout ça sur le web en prévision, et on écoute ou réécoute pour savoir ce qu’on est supposé entendre à l’avance suivant l’adage si généralement admis « un homme averti en vaut deux ».

Jusqu'ici, tout va bien

Grosso modo, SIGDOR nous laisse dubitatif à ce moment là. DOPPELGÄNGER pourrait être une belle surprise. HANEKE TWINS, on aime, donc ça ne compte pas. Et nous voilà partis en voiture à la conquête du monde d’avant, d’avant le COVID à la con qui nous a ruiné et pourri la vie. À peine arrivé, DOPPELGÄNGER est déjà en piste. En Suisse, contrairement au Cabo Verde, l’heure, c’est l’heure ! Y a des clichés comme ça qui ne changent pas. Des fondamentaux de la vie. Et celui-là en est un. On prend une bière au passage et hop ! Le live s’offre à nous. « Jusqu’ici tout va bien. Jusqu’ici tout va bien... L’important, c’est pas la chute. C’est l’atterrissage ». Et là, l’atterrissage a un arrière goût désagréable, tout comme la bière artisanale très amère. Peu mieux faire. Pourquoi, me direz-vous ? Parce que, pour la première fois de notre vie, on assiste à un concert où les musiciens ne jouent pas ouvertement des instruments diffusés.

Qu’on se comprenne bien. Il y a les artistes seul(e)s avec rack de samplers, loopers et autres machines à bidouiller. Là, pas de soucis, le mec tout seul n’est pas homme-orchestre (idem pour la femme), donc il gère tout ça et on accepte. Mais là, DOPPELGÄNGER, c’est trois types sur scène, donc rien que de très conventionnel. Or, au milieu du concert, le chanteur-bassiste pose sa basse et ne fait plus que chanter. Le COVID ça fatigue, même quand on ne l’a plus ou quand on ne la pas eu. Zeus ! Grand Dieu ! Qu’est-ce donc là ? ! Ancien bassiste, jamais je n’aurais imaginé poser l'instrument en plein concert pour aller boire une bière pendant que les autres jouaient sur scène. Mais notre chanteur de DOPPELGÄNGER semble très content de sa prestation. La basse, en plus des claviers inexistants sur scène, mais sortant toutefois des enceintes de la salle, rien que de très normal pour lui. Bon ! Qui sait ?...

Je rentre chez moi et, toujours dubitatif de la chose, j’écris à bingO, mon rédac' en chef préféré. Pourquoi ? Parce qu’il est tout à la fois rédac’ chef, mais aussi musicien sur scène et en studio. Il sait de quoi il parle. Donc lui saura me répondre. Or, sa réponse, rapide et efficace comme toujours - pour ça qu’il est mon préféré -, eh bien, j’aurais pu donner la même ! DOPPELGÄNGER est un cas à part. Ça arrive. Rien de grave ni de convenu.

 
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Un casque sur les oreilles de la planète Rock

Ainsi va la vie, me direz-vous ! Oui, oui. Les jours passent. Les semaines aussi, pas beaucoup. Les concerts se poursuivent. Et puis voilà que L’Usine (Genève) propose un festival réunissant les trois salles de concert qu’elle héberge, à savoir le Post Tenebras Rock (PTR), le Zoo et la Makhno, le 30 avril. De 21H30 à 6 heures du mat’, de la musique live... ou presque. Encore une fois, on google-ise un max pour voir et savoir ce qu’on est supposé découvrir sur scène. Le programme est plaisant pour ne pas dire prometteur.

C’est l’heure. On part, cocoté, looké, ready to go. Petite bière en main et c’est le tour des RASKOLINIKOV, groupe franco-genevois de cold-wave / dark-punk qui nous a beaucoup plu en streaming, à tel point qu’on a même proposé à notre rédac’ en chef préféré d’écrire un article dessus. Ben... c’était avant de les voir en concert. Le batteur, Jérôme BLUM, casque sur les oreilles, s’amuse à faire tourner ses baguettes entre les doigts comme les drummers de Hard FM des années 80. Bizarre, non ? Et pour cause. Il frappe de temps en temps sur sa caisse claire ou sur une cymbale, le reste de la partie « batterie » est en playback, joué par une boîte à rythme. Le choc est rude. À mes côtés, le batteur des HANEKE TWINS se marre. Jamais ça ne lui viendrait à l’idée, lui, de faire ça. Quand il est sur scène, il joue tout. Et c’est là qu’est le plaisir, le vrai, pas celui de la pornographie du Dark Web.
 
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Suivent alors les Parisiens de BRYAN'S MAGIC TEARS qui versent dans l’indie-rock, dit-on. Nous, on dirait plutôt dans le plus pur shoegaze, celui des années 90, genre MY BLOODY VALENTINE. Un batteur, une bassiste-chanteuse, trois guitaristes, dont un chanteur leader qui arrête le groupe parce que le morceau est trop rapide ou râle après le public parce qu’il reste en retrait. Le guitariste lead (excellent au passage), on sait ce qu’il joue ; les deux autres, c’est plus flou. Et, là aussi, le batteur, prend parfois le casque sur les oreilles et hop ! , de la boîte à rythme en guise de live. Mais Grand Dieu, qu’arrive-t-il à la planète Rock ?

Un concert, un vrai ?

Le clou de la soirée devait être les Suisses de BAK XIII. Le Zoo est bien rempli, les fans sont là, crient - à moitié ivres ou shootés. Faut dire que dans un monde sans fumeurs, L’Usine est l’un des rares lieux qui les tolèrent et plus particulièrement les amateurs de chichon. Pas besoin de le payer, vos voisins vous en imprègnent à volonté. On attend, encore et encore. Problème d’installation des effets visuels. La salle est chaude. Les écrans « géants » sont fascinants, cependant pas autant que le mur de fond de la scène, absolument captivant, lumineux à souhait. Ça va être explosif. On se réjouit. Enfin, un concert, un vrai !

Pardon. Serais-je trop vieux ? Has been ? Deux gugusses débarquent enfin sur scène. L’un beuglant dans un micro avec une couronne autour du cou, à défaut d’être sur la tête. Faut dire que vu ce qui sort de sa bouche, on comprend plus facilement qu’il n'est pas très net. Et un autre, possiblement sous acide, guitare à la main, sursaturation à plein régime, bouge en tout sens, tout content (« Wouah, je joue de la guitare, c’est trop cool, je joue de la guitare !!! »). Le batteur, lui, s'est perdu... Quoi qu'il en soit, tout le reste, comprenez le LIVE, est enregistré et diffusé une nouvelle fois en playback. Le choc est plus que rude. Est-ce là le « rock » du XXIe siècle ? Des fainéants sur scène qui s’amusent sans jouer d’instruments, tout étant pré-enregistré, comme pour les concerts de MADONNA quand elle n’a plus d’énergie ? Mais elle, il y a au moins un show à voir !

Nous on déteste. Un live, un concert, c’est un moment de partage entre les amoureux de la musique, soit les fans, et les artistes qui performent sur scène, autrement dit, qui jouent d’un instrument ou de plusieurs (à la Yann TIERSEN), avec tous les aléas que cela comporte. On se souvient de RADIOHEAD aux arènes d’Avenches où Thom YORKE s’arrêta soudain de chanter en plein milieu d’une chanson parce que les ingénieurs du son faisaient mal leur boulot. Ça discute et ça repart. C’est du live. Arriver sur scène, brancher l’ordi et laisser jouer la musique, ben, c’est du playback. C'est bon pour Michel DRUCKER ou La chance aux chansons (belles références, mais chez Pascal SEVRAN, le chant était souvent en direct, NDLR).

Quoi qu’il en soit, la question reste posée. Est-ce que le rock en live de demain sera du playback ? Il semblerait que oui, au vu des expériences post-COVID que nous venons de vivre. Le pompon revient cependant aux françaises gay-friendly de VENIN CARMIN. Deux femmes sur scène. L’une qui chante parfaitement et joue de la guitare à merveille. L’autre, planant sous les platanes, qui bidouille les machines, diffuse l’enrobage sonore de la batterie ainsi que des sons mélodiques, jouant du synthé en tapant avec une seule baguette sur une « mini percussion numérique » à la mode Rencontres du troisième type de SPIELBERG... On croirait rêver...

Décidément, fait pas bon vieillir. Mais où est donc passé l’esprit de Woodstock ?

 

Grototoro (aka Christophe CHAZALON), correspondant à Genève

(17 mai 2022)

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Photographies : Grototoro
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