
Le groupe new-yorkais WIDOWSPEAK offre un beau bouquet de chansons à tous les amoureux, rêveurs et romantiques, fatigués du monde moderne.
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Il y a des groupes comme ça qui suivent une route toute tracée et rien ne peut leur faire prendre des chemins de traverse, ni même changer d’un iota. Cette incapacité à se réinventer finissant toujours inlassablement par lasser. Et puis il y a des groupes qui arrivent à contourner cet écueil en enchaînant des albums de haute volée, tout en restant sur un périmètre aussi bien entretenu que parfaitement délimité. WIDOWSPEAK fait incontestablement partie de ces groupes rares, alignant les albums avec une régularité confondante qui prolonge inlassablement un parcours jusque-là sans faute. On en était resté sur un The jacket en 2022, plus élégiaque que jamais et renvoyant une bonne fois pour toutes au pilori ces comparaisons un peu paresseuses avec MAZZY STAR. Sans oublier ce concert enchanteur au Sonic de Lyon deux ans plus tard, qui avait figé le temps en un moment de bonheur suspendu et aérien, confirmant toute la maîtrise scénique du duo Molly HAMILTON – Robert Earl THOMAS. Cela a pris un peu plus de temps que d’habitude (HAMILTON et THOMAS se sont mariés et ont eu un enfant entre temps), mais le groupe de New York est enfin de retour avec son nouvel album, un Roses attendu de pied ferme.
Il n’y aura bien évidemment aucune révolution de palais au cours de ces dix très beaux titres, tant WIDOWSPEAK se contente avec brio de polir une formule qui a fait ses preuves depuis les débuts du groupe. Il s’en amuse même sur un single aux allures de classique, If you change, mettant en avant l’importance de l’expérience, comme pour mieux mesurer le chemin déjà parcouru (« Don't want mint condition, You're gonna get dragged in the dirt, You'll get faded and worn in, As soft as an old t-shirt » ), autant qu’une certaine réticence à affronter l’inconnu (« If you change, Don't change too much, Keep it nice but don't leave the plastic on »).
Aux ambiances posées baignées d'une douce lumière de fin d'après-midi répondent des compositions plus pop et incisives. Dans un cas comme dans l'autre, WIDOWSPEAK reste fidèle à un certain classicisme aussi intemporel qu'entraînant, du genre à tenir tête aux BYRDS et à R.E.M., voire aux ROLLING STONES sur l'introductif et catchy The Hook, qui lance idéalement le disque. Les guitares de Robert Earl THOMAS y sont évidemment pour beaucoup, tout l’arsenal habituel du plus rock & roll des charpentiers est de sortie : arpèges langoureux (Hourglass), solos inspirés (No driver), country revisitée (Angel number) et menaces orageuses (le vaporeux Heaven is waiting), rien ne manque à l’appel. On ne pourra jamais assez souligner à quel point ces guitares offrent un écrin brillant à la voix de Molly HAMILTON. Avec son mélange de douceur et de mélancolie qui touche en plein cœur, celle-ci parvient tout de même à garder une certaine retenue subtile.
Mise en avant par une approche résolument romantique (le titre du disque et sa pochette sont des bons indices), la musique de WIDOWSPEAK se fait un malin plaisir à sublimer les petits gestes anodins du quotidien, là où d’autres groupes les laisseraient passer complètement inaperçus. Se contenter de peu prend d’ailleurs des airs de manifeste. Ce thème récurrent sur Roses célèbre ces instants avec une chaleur et une sincérité indéniables (« I've got nothing much to offer But I feel richer than a king », sur la chanson titre). Si le groupe ne peut éviter d’évoquer des peines de cœur qui mettent souvent du temps à s’estomper et qui collent tellement bien à sa musique, on retient surtout cette volonté de ne pas surcompenser avec des déclarations dégoulinantes de guimauve, ce qui fonctionne très bien sur le pudique et pourtant langoureux Wondering.
Des imperfections qui rendent vivant, des danses lentes enlacées et des œillets pressés dans un petit carnet noir, se sentir riche de peu (liste non exhaustive) : Roses est un disque qui s’adresse à tous les rêveurs et romantiques fatigués par ce monde cruel et cynique. À son modeste niveau, WIDOWSPEAK le rend toujours un peu moins laid, album après album.
Éric F.
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WIDOWSPEAK. Roses (Captured Tracks, 06/06/2026)
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Pour prolonger...
WIDOWSPEAK : Bandcamp
WIDUOWSPEAK
DREAMGROHL
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Photographies : Éric F., DR
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