Le beau festival [LIVE]

« Le plus Beau Festival » // par Super Poncho
Une belle, que dis-je, une magnifique première édition pour le Beau Festival. Deux sold-out à l'Espace B et un autre énorme succès à la Station pour un festival qui s'inscrit d'or et déjà dans le beau paysage des festivals du Printemps. Un beau report.
 
          Nico de l'Espace B, ça doit vous dire quelque chose ? Vous savez, c'est lui qui programme – avec Pauline – des groupes incroyables, le tout dans un petit rade du Nord du XIXe, qui porte donc  le doux nom de l'Espace B. Plus sérieusement, le gars abat un taf de gogole et la seule idée qui lui vient le printemps venu, c'est d'organiser un festival. Et vu que le talent n'attend pas la valeur des années, la première édition du Beau Festival avait tout d'une grande.
 
          Rendez vous compte : Laetitia Sadier, The Holydrug Couple et Mammane Sani pour les têtes d'affiches. Des légendes et des déjà tout grands ; même si le guitariste d'Holydrug Couple est tout petit... Bref. A leurs côtés, les Blondi's Salvation, Beat Mark, Biche, Syd Kemp ou encore Mohamed Lamouri pour remplir copieusement l'affiche.
 
Jeudi noir
 
          Derrière cette désastreuse référence économique, une réalité : je ne suis pas allé au Beau Festival le jeudi. Honte sur moi, j'ai raté Laetitia Sadier. La majestueuse chanteuse de Stereolab a paraît-il, envoûté la salle comme jamais. Une prochaine fois...
 
Mais que peut-il bien se passer au Chili ?!
 
         Il n'est pas 19h30 que la soirée est annoncée sold-out, ça sent le grand moment. En fin de soirée, les orgas m'annoncent avoir fait plus de 200 entrées payantes. Et quoi de beau pour  rassasier ce public du Beau Festival ?
 
         En première cartouche, les Parisiens de Canari. A peine dans la salle, les dernières notes retentissent. Caliméro. Juste derrière, c'est La Mirastella qui enchaîne. Ce concert m'a laissé plus que perplexe. A certains moments, l'étrangeté du son et de leurs compositions m'a transporté dans une autre dimension. Mais à d'autres instants, les mimiques du chanteur m'ont particulièrement agacé. Cocasse moment lorsque le batteur tape tellement fort sur sa batterie qu'il en fait tomber ses lunettes. Comment décrire leur musique ? Psychotérique ?
 
         On arrive enfin au troisième groupe. J'entends dans les rangs des murmures du genre : ''j'ai hâte de voir Syd Kemp, parait-il que c'est complètement fou en live''. Syd Kemp, c'est un Lyonnais d'origine exilé à Londres. C'est là-bas qu'il s'est entiché d'un backing-band tout ce qu'il y a de plus anglais ! Le guitariste a une coupe de cheveux qui mêle la frange mods à un mulet à la Tony Vairelles. Mais au-delà des blagues capillotractées, les mecs assurent comme des bêtes. Leur morceau introductif me fait penser à l'album « Manual » des Boogarins avec un son très aérien et un autre débute comme un des plus beaux titres de Funkadelic. Eddy Hazel Likes This.
 
          Et quelle plus belle conclusion à cette soirée qu'un concert des Holydrug Couple. Il me restait encore des souvenirs de leur date à la Maroquinerie il y a de ça un an... Des souvenirs grâce auxquels il m'arrive encore de voir des petits éléphants roses dans mes plus beaux rêves. Parce que The Holydryg Couple fait partie de la caste des groupes qui aspirent l'esprit et le modèlent pour t’offrir une nouvelle réalité. Leur album « Moonlust » sorti en 2015 est sans doute l'un des plus belles occurrences de rock psychédélique/progressif des 10 dernières années. Le guitariste est un Docteur ès Pédales, arrivant à trouver, lors de longs jams, des sonorités encore inconnues.
 
          Malheureusement, leur dernier opus est passé complètement inaperçu [Quand je dis inaperçu – en tout cas pour moi – c'est vraiment le cas, pour tout vous dire, je l'ai appris pendant leur concert]. Quoi de mieux que cette voix sur « Dreamy » ou que ce « French Movie Theme » complètement dingue ?!
 
          La musique n'aura sans doute jamais été aussi en osmose avec la fresque murale de la salle. Et quelle plus belle conclusion que ce long jam de quinze minutes où l'on verra le guitariste jongler entre sa six cordes et son petit Korg. Alors que la dernière mesure retentit, je devine les contours d'un nouveau monde. C'est beau.
 
Station, terminus, tout le monde descend !
 

          Haaa la Station, cet incroyable lieu sorti de nul part. Là-bas, on semble déconnecter de toute réalité. Autant vous dire qu'entre le concert d'Holydrug Couple et ma journée complète à Monoprix, la connexion déconnexion était parfaite !
 
          Encore une fois, j'ai raté des concerts. Et là, j'en suis vraiment attristé. Parce que s'il y a de grandes chances que je puisse revoir Mohamed Lamouri, quelle tristesse de louper Mammane Sani. On parle de quelqu'un qui n'a cessé de défendre un son, une musique et qui en faisant cela a construit sa légende. Nombreux sont ceux – à juste titre – à se prosterner devant William Onyabor. Mammane Sani est à ses côtés. A ceux qui auront la chance de le voir passer prêt de chez eux, courrez-y !
Derrière lui jouaient les Blondi's Salvation. Et eux aussi, je les ai ratés... Heureusement, j'ai déjà pu les voir de nombreuses fois. Les Nantais et leur nouvelle formation auraient fait un super concert ! Que dis-je, évidemment qu'ils ont fait un super concert !
 
          Biche débute son set. Y'a du Barbagallo dans le jeu du batteur et même du Tame Impala dans les compos. Mais le bon Tame Impala, quand Kevin Parker jouait encore pieds nus. Aujourd’hui, il a remis ses chaussures mais il lui arrive pourtant de composer des chansons que même Yannick Noah n'aurait pas voulu chanter. Oui j'exagère. J'ai biché devant Biche qui m'a fait passer un délicieux moment. Parfois, il faut savoir tuer le père. Biche l'a fait. Bambi likes this.
 
          Ultime concert avec les Anglaises de Novella. Beau concert qui m'a semblé passer à une vitesse phénoménale. C'est avec un Dj Set de Cosmo Sonic que ce beau festival s'achève. Beaucoup de beaux concerts pour cette première édition, bien plus jolie que ma fin de soirée passée dans un bar aux doux relents de scandale...
 
          Mais l'essentiel était ailleurs. Dans cette fascinante envie de la scène indépendante actuelle d'aller au delà des normes, de constamment chercher d'autres sonorités et de toujours se bouger pour rendre possible ses rêves. Et pour tout ça, et même si il y a des concerts que j'ai raté et d'autres que je n'ai pas aimé, je tire un grand coup d'casquette au désormais célèbre Nico de l'Espace B. À l'année prochaine !