JC SATAN

JC SATAN (Born Bad / Animal Factory) // Par Anton Schaefer
A trop vouloir être en opposition à un mainstream ultra formaté, on en viendrait à tresser des lauriers à des musiques bien trop autistes pour être honnêtes. La vraie défaite serait de n’avoir comme seules alternatives la pop pouffiasse de Miley Cyrus d’un côté, et de l’autre des albums de drone où la même note serait jouée durant 3 heures : l’indigence contre l’élitisme, le simplisme contre l’incompréhensible. Hors, ne pas faire de concession en musique n’implique par forcement le fait de faire une musique hermétique pour tout auditeur profane. Et ça, JC Satàn l’a bien compris.
Après un troisième très bon album paru chez Teenage Menopause Records, “Faraway Land”, JC Satàn livre ici déjà leur quatrième opus, cette fois-ci au sein de la prestigieuse écurie Born Bad. De Noise à The Drone, en passant par le youtubeur esthète “Les Vidéocritiques de J”, J.C. Satàn sont partout. En première ligne de la nouvelle scène française DIY, le groupe a su conquérir un public grandissant d’albums en albums, et ce grâce à des prestations lives incroyables : quiconque n’a pas encore eu l’occasion de voir JC Satàn en concert ne peut pleinement saisir la puissance du groupe. Si il existe des groupes talentueux en songwriting mais d’une mollesse effrayante en terme d’énergie, l’inverse est vrai également : des groupes soufflants en live peuvent se révéler incapables de composer une vraie chanson. JC Satàn allie avec succès les deux versants songwriting et énergie. 
Ce nouveau disque sonne dès la première écoute comme une réussite sur le plan musical : on connaissait déjà le goût prononcé pour le songwriting du groupe. Mais, on pouvait ressentir une certaine frustration à ne pas toujours pouvoir retrouver l’énergie incroyable déployée par le groupe sur scène. Sur ce nouvel album, la production est au rendez vous. Et on retrouve ainsi quelque chose de plus proche à ce que le groupe peut donner à entendre en concert. Faisant fi des préliminaires, le morceau d’ouverture “Satan II” déploie sur deux minutes et des poussières une énergie folle, en filiation directe avec leur titre “Crystal Snake” (présent sur l’album “Hell Death Samba”). Une manière d’ouvrir un album qui s’apparente aisément au fait de prendre une bonne tarte dans la gueule, un résultat jouissif, fait de bruit et de fureur. 
C’est donc fort troublés que l’on entreprend la découverte du reste du disque. Les deux titres suivants, “I Could Have Died” et “Dialog With Mars”, dans la même veine que ce que l’on pouvait retrouver sur leur troisième album,“Faraway Land”. Ce début d’album représente parfaitment la formule de J.C. Satàn : des mélodies pop accrocheuses, et des couplets / refrains puissants. Ce qui marque également à l’écoute de ce disque, c’est la complémentarité parfaite des voix d’Arthur et de Paula, notamment sur le titre “I Will Kill You Tonight”, dans lequel cette évidence mélodique pop efficace propre au groupe. Tout au long de l’album, on pense à l’énergie de Queens Of The Stone Age, aux mélodies des Kinks, au côté psyché que l’on pouvait retrouver chez le Velvet… On y découvre également des arrangements assez inédits dans la discographie du groupe (“Waiting For You”), et une profondeur que l’on ne retrouve pas forcement chez les autres formations que compte l'hexagone.
Au final, j’aurai peut-être aimé pouvoir dire du mal de cet album. Cela m’aurait permis de faire l’intéressant, d’être la note discordante dans le concert de louanges fait à l’honneur de ce disque. Mais j’ai beau me forcer, m’essayer à la mauvaise foi, tenter de me convaincre que ce disque aurait pu être réalisé par n’importe quel tocard, je n’y arrive pas. Force est de constater donc que J.C. Satàn signe avec cet album un disque majeur dans leur discographie, et par la même occasion une énième excellente sortie de la part du label Born Bad.