Chevalrex en live

La France qui cravache // par Lætitia Lacourt

Chevalrex | L’Olympic Café – Paris | 18 juillet 2014 

16 juillet. « Aux États-Unis, le terme « underground » fut utilisé pour désigner la résistance française face à l’occupant nazi lors de la Seconde Guerre mondiale (Kervran & Kien, 2010 : 16). En 2014, il est toujours utilisé pour désigner la résistance ». Les quatre lignes postées sur le facebook de Gonzaï étaient largement suffisantes pour s’intéresser de près à cette Fête Souterraine number two, une sauterie « qui oeuvre au décloisonnement des chapelles underground en France, en toute décontraction ». 

Au programme de ce qui se révèlera être un véritable purgatoire, un certain Chevalrex, parisien de Valence. Un passage obligé sur le bandcamp du garçon suffira pour nous convaincre en 2’46, avec un titre choisi au pif, « Beau perdant ». Bonne pioche, c’est comme si Beirut faisait l’amour avec Daniel Darc observés par Dominique A dans la chambre de Frànçois & The Atlas Mountains. 

Parce que Chevalrex a ce don de la petite mélodie bien ficelée avec des textes qui parlent de toi, de moi, de lui… faisant de son LP « Catapulte », la bande originale qui colle à la peau des loosers et des bricoleurs du dimanche. L’album boucle pendant 2 jours, aussi rafraîchissant, décalé, sucré et apaisant qu’un lait fraise dans la canicule d’une grosse journée de merde. Quelque chose qui fait le lien entre la nostalgie de l’enfance, l’adolescence et la vie de trentenaire.

18 juillet. Dans la cave souterraine de l’Olympic Café, une quarantaine de freaks se postent devant l’enfant du pays de Rock à la Casbah. Sur scène, Rémy Poncet, un dandy aux baskets violettes qui brillent, est ce cavalier solitaire qui chevauche avec simplicité ce qu’il revendique être du bricolage pop. Il y a cette petite voix fragile à la Daniel Darc, la petite trompette et tous ces petits collages sonores qui pètent bien, comme du pop-corn fait maison. « L’éducation musicale », ritournelle qui conseille d’écouter les Modern Lovers et François de Roubaix, le ukulélé de « Mariage Tahitien », le très aérien « beau perdant », la caresse de bucheron de « Jamais sans ma hache », la famille « avec mon frère » et « mon hublot », les histoires de cul, d’amour et Émilie avec « Seconde main »… Au total, onze petites chansons piquantes comme un dermographe, qui s’encrent de façon indélébile dans le cerveau.

À la fin du set, un détour par le merch suffit pour constater que Chevalrex collectionne une palette de talents, cavalant sur une multitude de projets bien sentis (parmi lesquels Cowbones). À la tête de son propre label, « Objet Disque », Rémy est aussi un graphiste génialissime. En témoigne Catapulte, vinyle bleu pressé à 200 copies, 200 pochettes uniques home made, avec visuel en 3D et lunettes fournies. Chevalrex est définitivement un numéro gagnant sur lequel il faut parier.