#2 - Bing ! Bang ! Pow !

Marlon Orbinson

Né en 1990, le néo-zélandais Marlon Williams est un grand ami de Delaney Davidson, fringant cowboy cher à la Casbah records company. Orchestrées sobrement, les compositions de son deuxième album laissent la part belle à l’espace, au souffle. Aucune esbroufe, tout est à sa place, comme dans les années 50 ou 60. Une nouvelle fois, c’est une rupture qui est à l’origine de chansons. L’album du beau Marlon se nourrit de la fin de son histoire amoureuse avec Aldous Harding, qui vient toutefois chanter avec lui sur le superbe Nobody gets what they want anymore.

Nobody Gets What They Want Anymore (with Aldous Harding) (Official Video), by Laetitia

Certains passages musicaux sont si éthérés (et alors envoûtants) qu’ils pourraient aisément servir de bande-son à David Lynch, si celui-ci décidait un jour de se remettre au vrai cinéma. Mais la plus grande force de Sieur Williams, c’est... sa voix ! Certainement la plus belle du moment. Dans les graves, on convoque l’immense Richard Hawley. Dans les aigües, c’est Antony & the Johnsons. Et pour la liaison et l’alchimie musicale, Chris Isaak et Timber Timbre sont en embuscade. Et, plus on parcourt l’album, plus il est évident que le gaillard a dû être bercé par les ballades de Roy Orbison, texan romantique hautement fréquentable. Certes, les lunettes triple foyer à large monture et un immuable brushing banane-laquée lui offraient un look moins sexy que celui d’Elvis Presley. Toutefois, et c’est le King lui-même qui le disait, Roy Orbison fut vocalement son seul rival, dans les années 50-60. S’il connut une période de creux dans les 70’s, la décennie suivante fut fabuleuse pour Orbison : disparu malheureusement en 1988, il livrera l’année suivante à titre posthume l’un de ses meilleurs enregistrements (Mystery girl, chaudement recommandé par la maison). Trois ans auparavant, aidé par le musicien country T-Bone Burnett, le réalisateur David Lynch (tiens ! Encore lui ! ) avait l’excellente idée de pousser Roy à ré-enregistrer son merveilleux In dreams, pour la bande originale de Blue Velvet, plus beau film du monde. La première version de cette chanson date de 1963. Cette auto-reprise est tout aussi superbe.

 

Comme dans une ballade de l’amour perdu chantée par Roy Orbison, ce n’est pas tous les jours que nos oreilles sont en contact avec le sublime, le céleste, la beauté précieuse. Grâce au label Dead Oceans qui a sorti Make way for love, c’est désormais possible. Pour Marlon Williams, ça sent déjà la pole position dans beaucoup de playlists de la fin 2018.

bingO, 14 mars 2018.

[Complément de lecture : #3 Ceci n’est pas une chronique par Laetitia Lacourt]

[Complément sonore : émission Rock à la Casbah#613 du 28/02/18]

Références :

Marlon Williams. Make way for love (LP). Dead Oceans, 2018.

Blue Velvet (OST. LP). Varèse Sarabande, 1986.

Roy Orbison. In dreams (LP). Monument, 1963.

Roy Orbison. Mystery girl (LP). Virgin, 1989.

Richard Hawley. Truelove’s gutter (LP). Mute, 2009.

Chris Isaak. Heart shaped world (LP). Reprise, 1989.

Anthony & the Johnsons. I am a bird now (LP). Secretely Canadian, 2005.

Timber Timbre. Timber Timbre (LP). Out of this spark, 2009.

Delaney Davidson. Your ghost (LP). Casbah records, 2008.

Aldous Harding. Singing (LP). 4AD, 2017.