#1 - Ceci n’est pas une chronique

The Liminanas - Shadow People (Because) // Par Julien Marty

Enfance usée.

Ravale tes espoirs et protège tes souvenirs. Enfin, ce qu’il en reste. 
Les genoux cagneux, la laine de mouton sur les épaules, la classe manouche. Jogging et mocassins. J’avais 10 ans et je m’en foutais. Le style ? Aucun, plutôt vivre.
La mémoire qui boucle. Les images qui tournent et une voix profonde qui me murmure des mots clefs. Moi aussi, j’avais une amie dont je ne me souviens plus le prénom. Suzie ? Vickie ? Christine ? Je ne sais plus. Le passé est un gouffre. Je suis Ulysse égaré dans les méandres de sa mémoire. Ces mots que j’entends : Vespa, hippie, mobylette bleue déverrouillent des portes cachées.
Ils activent la nostalgie et une envie furieuse de sortir les albums de famille, oubliés sur une étagère poussiéreuse. Revoir ces photos endormies aux charmes desséchés et aux angles raccornis. 

À quel âge suis-je arrivé ici ?
Si je me fie à mes souvenirs, j’ai fait une sorte d’apparition spontanée vers douze ans, un jogging rose que personne ne pouvait assumer, des dents trop longues et avancées.
Le reste, les ombres et les doutes ne sont que des fantômes. Ils habitent un passé incertain. "Shadow People". J’en vois partout. Ils bouclent. Ils tournent et finissent par devenir La Vérité. La batterie se plaque sur le rythme de mon cœur. Des voix de sirènes enivrantes et rassurantes m’attrapent et m’entrainent dans les profondeurs de ma mémoire à la rencontre de mes fantômes. "Shadow People".
C’est une basse claire et limpide, celle de Peter Hook, qui me sort du marasme. Respire. "The gift" me ramène à la surface. Tout s’éclaire.

Je suis vivant. Second souffle. L’espoir renaît. La course vers mon passé peut reprendre tambours battants. "Motorizatti Marie". J’enfourche la bête et je fonce vers un rose horizon dégagé. La route est longue, mais je suis apaisé. J’ai accepté que mes souvenirs ne soient peut-être que des leurres. Demain, je serais à mon tour, une zone de flou dans l’histoire de mes enfants.

Comme la batterie des Liminanas, la vie ne s’arrête jamais. Il n’y a pas de début. Il n’y aura pas de fin.
 
The Limiñanas - Shadow People (feat. Emmanuelle Seigner) [Official Audio], by Laetitia